1910 08 30: Coullié à Merry del Val: Dans tous les journaux

30 août, accusé de réception

Votre Eminence n’ignore pas que ce document si important a passé ce matin, tout entier, dans tous les journaux.

Daignez, Eminentissime Seigneur, prier pour nous et demander au Saint Père ses meilleures (?) bénédictions pour les Evêques de France, en ce moment où le trouble peut saisir les esprits ; et veuillez agréer….

Pierre Card. Coullié, arch de Lyon et de Nevers

Also telegram : Colis reçu

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

1910 04 22: Mignot à Pie X: Sympathie pour admirable jeunes gens

Archevêché d’Albi

le 22 avril 1910

Très Saint Père

Votre Sainteté me connaît assez pour me savoir incapable de lui faire la moindre peine. Elle sait que tous ses désirs seront des ordres pour moi.

Monseigneur Couillié m’ai fait part de la communication qu’il a reçue de S. E. le Cardinal Secrétaire d’État relativement au Sillon. Comme je l’ai dit dans ma réponse au Cardinal de Lyon je garderai le silence le plus complet en m’abstiendrais de publier les nombreux lettres d’adhésion que j’ai reçues – il va de soi que tout le monde devra rester fidèle à les prescriptions du T. Saint Père.

Le silence ne me coûtera guère. Je tenais si…

Si j’ai écrit à Marc Sangnier c’est que j’étais humilié pour l’épiscopat de voir une presse ?

??? catholiques de substituer au Pape et aux évêques, un journaliste qui dans une préface pleine d’allusions perfides mettais les évêques au défi de prendre la défense des Sillonnistes. Pouvait on rester sous le coupe d’une menace si audacieuse ? Devrions-nous, nous évêques, être les esclaves timides d’une Presse qui loin de suivre les directions de l’épiscopat, comme le veut Votre Sainteté, prétend les régenter ? Pouvais-je les attaques dont Léon XIII avait été l’objet, attaques auxquelles ni Votre personne sacrée, ni S.Em. le Cardinal Secrétaire d’État n’ont pas toujours échappé ?

J’ai écrit ma lettre à Marc Sangnier non pour approuver toutes ses idées – cela étant l’affaire de V.S. et non la mienne, comme je n’ai cessé de le redire – mais parce que je voulais donner un marque de sympathie à d’admirable jeunes gens pour lesquels beaucoup de catholiques n’ont que de sévérité alors qu’ils ont de trésor de tendresse pour les jeunes de l’Action Française dont la conduite morale est fort scandaleuse. Mais tout cela a été déjà exposé à Votre Sainteté.

Je n’aurais certes pas écrit mes deux lettres au Cardinal Andrieu si l’éminent archevêque n’avait pas communiqué à la presse la lettre qu’il m’a adressé. Rien ne justifiait cette manière d’agir. Depuis deux mois S. Em. était en possession d’un mémoire confidentiel que je lui avais envoyé dans la pensée qu’il en conférerai avec Votre Sainteté. Au lieu de s’entendre fraternellement avec moi, il garde le silence pendant deux mois et au lieu de voir en ce qu’il a y aurait à décider entre nous le Cardinal communiquer à la presse, sans m’en prévenir, la réponse tardive qu’il m’adressait.

La lettre d’un primat de l’Église est toujours chose grave. Comme j’étais en jeu aux yeux du public en que ce document paraissait être un blâme je ne pouvais laisser le public sous cette impression.

Encore une fois c’est malgré moi que je suis sorti de mon silence, c’est volontiers que j’y rentre, d’autant plus volontiers que par là je me conformerai à la pensée de Votre Sainteté et Lui donne la preuve de ma filiale obéissance.

Je me mets à Ses pieds…

+Eudoxe Irénée, archevêque d’Albi

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

Eudoxe-Irénée-Edouard Mignot

https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bmignot.html

1910 04 05: Maignen à Merry del Val: Le mouvement audacieux des modernistes

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Tournai 5 avril 1910

… le mouvement audacieux des modernistes contre la direction du Saint-Siège.

Tout le monde est ému de la scission qui se manifeste dans l’épiscopat à propos du Sillon. La lettre du cardinal de Bordeaux a été un soulagement pour beaucoup, mais on sent bien qu’il faut autre chose pour mettre fin au débat.

Le Sillon se croit hors d’atteinte à cause du vague de son programme et des affirmations contradictoires. Il se réserve de dire toujours qu’on ne l’a pas compris et qu’on prête des idées contre les siennes. Mais le cardinal Andrieu vient de lui citer des thèses qu’il ne peut désavouer tant qu’il les répète souvent.

Ce qui me paraît pas le moins grave c’est le manifeste de Testis dans les Annales du P. Laberthonnière. Cela démasque tout à fait les tendances des Semaines Sociales de France. Aussi est-on péniblement impressioné des ovations faites à M. Duthoit par les semainiers de Naples ???

…

Ch. Maignen

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

1910 02 13: Mgr Dubillard à Merry del Val: Cette funeste association

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Archevêché de Chambéry

13 février 1910

Eminence,

J’aurais dû vous écrire plutôt pour vous exprimer toute la satisfaction que m’a causée votre excellente lettre à mon ??? successeur au Siège de Quimper, concernant le Sillon.

… ici le Sillon est tellement mort qu’il me laisse sans le moindre souci pour mon diocèse.

… cette funeste associations

…

Nos régions de S. Ouest sont plus profondément atteintes, mais en Bretagne, dans le Finisterre, le Sillon est simplement la doubleur ?? de la Démocratie. Il n’y a pas d’erreur doctrinale positive, mais simplement un grand danger de s’y tomber. On est Sillonniste parce que Démocrate c.-à-d. contre les nobles et les propriétaires. Malheureusement, les jeunes prêtres ont beaucoup trop favorisé ces tendances, et, de là, difficulté de les ramener à des doctrines plus saines.

Daignez…

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

1910 02 09: Mgr Gibier à Merry del Val: Un profond sentiment de tristesse

Evêché de Versailles

9 février 1910

Eminence,

Je viens de recevoir la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sur le sujet que vous savez.

Je manquerai de sincérité si je ne vous disais pas que cette a produit en mon âme un profond sentiment de tristesse.

En conscience, je ne peux rien rétracter des faits très précis et très exacts que je me suis imposé le devoir de vous signaler. Je dois seulement y ajouter trois remarques complémentaires :

1° « Le Sillon » n’est pas du tout une Association des prêtres, et personne en France n’a jamais pensé à embrigader le clergé dans une association autre que la Hiérarchie divinement instituée sous l’autorité du Pape et des Evêques.

2° « Le Sillon » est une association de jeunes laïques qui font profession de catholicisme. Il est vrai qu’ils sont républicains et démocrates. Mais ils ne demandent pas à l’Église de solidariser avec eux et d’approuver officiellement leur idéal social et politique. Il suffirait de ne pas les désapprouver et de les laisser faire.

3° « Le Sillon » a droit pour le moins à la même liberté que l’Association libérale populaire de Monsieur Piou, association que le Saint Siège n’a pas l’intention de condamner. La pauvre Eglise de France a besoin de toutes ses forces. Elle a besoin non seulement de l’activité des catholiques, mais encore de la collaboration des honnêtes gens et des libéraux sincères. Elle a besoins particulièrement de ses groupes de Jeunesse. Or « Le Sillon » est et va devenir une force considérable avec son Journal quotidien qui est à la veille de paraître. Décourager toute cette jeunesse, l’exaspérer et la mettre peut-être contre nous, serait une souveraine injustice et une souveraine imprudence.

Je sais bien, Eminence, que tous ne tiennent pas ce langage, et que des voix arrivent jusqu’à vous, qui rendent un son différent. Je ne discute pas le témoignage des autres. Je vous donne le mien, et je affirmer devant Dieu qu’il est désintéressé et qu’il vient non d’une imagination échauffée et querelleuse, mais d’une âme uniquement préoccupée du bien de l’Église en France. Vous ferez de ce témoignage que bon vous semblera. J’ai voulu seulement, en vous disant la vérité, dégager ma responsabilité. Je n’ai plus maintenant qu’à me taire, à beaucoup prier et à continuer mon laborieux apostolat.

Je vous prie d’agréer, Eminence, l’assurance de mon religieux et très profond respect en NS.

+Charles, évêque de Versailles

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

1910 02 02: Merry del Val à Mgr Gibier

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Draft

A Sa Grandeur Monseigneur Charles Gibier, Evêque de Versailles

2 février 1910

Cher et vénéré Seigneur,

J’ai reçu la lettre que Votre Grandeur m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 27 Janvier et j’en ai donné lecture à Sa Sainteté. Le Saint Père regrette que vous n’envisagiez pas le « Sillon » dans son ensemble et dans ses chefs comme Il envisage Lui-même et que les dangers de sa doctrine, se son langage de ses tendances et des acquaintances, paraissent vous échapper. C’est l’évidence même, et il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour le contester, le Saint Siège n’a jamais fait le moindre grief aux jeunes gens du Sillon de se dire Républicains, tout le contraire : et si l’évidence avait besoin d’une preuve, il suffirait de rappeler qu’au temps où le Sillon méritait encore la bienveillance du Saint Père, les Sillonnistes se proclamaient républicains qu’ils le font aujourd’hui. Pour le moment Sa Sainteté a invité et invite les Evêques à ne pas permettre au clergé d’entrer dans le Sillon. On ne conteste ni la bonté ni le vertu de beaucoup de Sillonnistes, pris individuellement, comme on ne conteste pas non plus les services ou les mérite de certains Sillons locaux. C’est peut-être l’explication de la divergence de certaines appréciations. Il serait déplorable que les Evêques qui partagent votre manière de voir à l’égard du Sillon s’abstiennent de manifester leur opinion « tout haut », car, comme l’indique Votre Grandeur, on ne ferait qu’ajouter une nouvelle division aux divisions anciennes et cela d’autant plus que le Saint Siège loin de pouvoir prendre part pour le Sillon, se trouverait dans la nécessité de manifester ses désapprobations.

Soyez bien convaincu, cher et vénéré Seigneur, que le Saint Père suit avec le plus vif intérêt et avec le plus paternelle affection les efforts généreux de votre zèle, vos angoisses et vos sacrifices, et que le bien que vous faites par votre apostolat dans ces temps difficiles est pour Lui un motif de très grande consolation. Dans ces mêmes sentiments je vous prie d’agréer, cher et vénéré Seigneur, l’hommage de ma très grande vénération et mon entier dévouement.

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Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

1904 08 06: Marc Sangnier à Merry del Val: Inaltérable attachement au Vicaire de Jésus-Christ

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Paris le 6 août 1904

Eminence,

Le gouvernement peut rompre les relations officielles avec le Saint Siège, il ne peut pas séparer la France de l’Église de Dieu. Il peut retirer son ambassadeur de Rome, il ne peut pas retirer de nos coeurs l’amour fidèle et obéissant du Vicaire de Jésus-Christ.

Les jeunes catholiques du « Sillon » tiennent en ces heures douloureuses en troubles à répéter au Pape l’assurance de leur inaltérable attachement. Ils savent que la Démocratie qu’ils travaillent à développer dans leur pays réclame les forces ??? en la discipline morale du Catholicisme. Ils ont confiance dans l’avenir de la France en comptant que le Peuple trompé par de mauvais bergers ouvrira enfin les yeux en, sentant qu’il a besoin de Jésus-Christ, ira le demander à l’Église que le Christ a fondé et dont le Pape est le Vicaire sur la terre.

Alors, profond, durable, nécessaire, demeurera l’union du Pape et de la démocratie française.

Le « Sillon » prie Votre Eminence de bien vouloir présenter au Saint Père cet hommage d’affection et de réparation ainsi que cette jeune et joyeuse espérance.

7181

Marc Sangnier

Président du « Sillon »

34, Bvd Raspail, Paris

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Apostolic Archives, 1904 Rubric 12 F.1

1910 01 27: Mgr Gibier à Merry del Val

27-01-1910:

Evêché de Versailles

27 janvier 1910

Eminence,

J’accomplis mon devoir de conscience en signalant à votre attention la campagne très dangereuse qui est menée en ce moment contre le Sillon, et qui pourrait aboutir bientôt, me dit-on, à une condamnation de ce groupe de Jeunesse catholique par la suprême autorité de l’Église.

Une condamnation produirait un effet lamentable, car elle serait interprété comme une réaction contre le mouvement démocratique que favorise le Sillon et comme un encouragement officiel donné au mouvement politique royaliste qui émane de l’Action française. A ce seul point de vue, la condamnation du Sillon serait un immense malheur et accentuerai encore l’impopularité dont souffre la pauvre Eglise de France.

Et puis où sont dans le Sillon les doctrines condamnables ? L’orthodoxie de la Jeunesse sillonniste est complète, loyale, indiscutable. Ces jeunes sont et se disent républicains, on ne saurait leur en faire un grief. Ils usent d’un droit que personne ne peur les contester. – Ils ont fait le rêve et ils ont le désir de réaliser la démocratie chrétienne. Plaise à Dieu qu’ils réussissent ! Ils ont au moins le mérite d’essayer, et bien loin de les maudire, il faudrait les féliciter et les encourager. Quant à nier ou nier la moindre des vérités catholiques, ils n’y ont jamais pensé, et ils attendent encore que l’on leur signale dans leurs écrits ou dans leurs discours le plus petit écart volontaire de doctrine.

Ils sont les fils très soumis de la Sainte Eglise. Et avec cela ils sont généralement logiques dans leur foi et vertueux jusqu’à la chasteté inclusivement. Ils donnent des exemples éminents de pureté et de charité. Ils ont un zèle, un esprit d’apostolat qui les fait pénétrer jusque dans les milieux les plus hostiles où ils obtiennent assez souvent des victoires surprenantes. Il est possible et il est même certain que, par ici et par là, quelques jeunes sillonnistes dépassent la mesure et pèchent par faiblesse, ou par imprudence, ou par excès d’indépendance.

Mais ce sont des écarts individuels et exceptionnels qui ne doivent pas être imputés au Sillon lui-m-même et qui relèvent simplement de la surveillance et la répression des clergés locaux chargés de conduire la jeunesse.

Dans ce dernier temps un plébiscite épiscopal a été provoqué par un journaliste sans mandat, Monsieur Albert Monniot, à propos du Sillon, et un bon nombre d’Evêques français ont eu la candeur de lui livrer leurs confidences. Aussitôt que ce journaliste a étalé sous les yeux du public tout ce qu’on avait cru devoir ou pouvoir lui confier. Un tel procédé mérite la réprobation la plus complète et pour mon compte je proteste énergiquement contre cette publicité injuste, malsaine, déplacée. Dans l’Episcopat français, je suis parmi les plus humbles. Cependant j’ai toujours vécu dans l’action et je crois connaître l’opinion moyenne de notre cher pays. Or la campagne intempestive et tenace menée contre le Sillon est mal vue des esprits sensés et ne peut amener aucun bon résultat. Beaucoup d’Evêques pensent de même et se demandent avec inquiétude si l’heure n’est pas venue de le dire tout haut. Une seule considération nous arrête… c’est la crainte d’ajouter une nouvelle division aux divisions anciennes, et cela devant nos amis désolés et devant nos ennemis que réjouissent nos luttes intestines.

Il vous appartient, Eminence, de venir au secours de nos sociétés en mettant un frein à des polémiques vraiment injustifiables. Nous avons autre chose à faire à l’heure présente que de tirer les uns sur les autres. Nous devons nous défendre contre la libre pensée et exercer sur notre peuple une action purement religieuse et sociale. Nous devons travailler et non nous disputer, être des apôtres et non des querelleurs. Et au lieu de décourager nos groupes de jeunesse qui sont le salut de l’avenir, il faut les remercier et leur crier notre admiration à tous sans en excepter le Sillon.

Ces réflexions et ces épanchements, je les dépose, Eminence, dans votre âme si bienveillante à mon endroit et si hautement préoccupée des intérêts de l’Église de France, et j’ose vous demander le leur faire parvenir jusqu’au suprême Pontife. Le cri qui part de mon coeur angoissé trouvera certainement un écho dans le coeur si aimant du Saint Père.

Je vous prie d’agréer, Eminence, la nouvelle expression de ma filiale vénération et de mon très profond respect en N.S.

+ Charles, évêque de Versailles