Monseigneur l’évêque d’Annecy ayant répondu à Marc Sangnier « qu’il aurait le regret de fermer la porte à un homme dont il estime la personne, mais dont il ne peut admettre les conceptions religieuses », Marc Sangnier lui écrivit la seconde lettre suivante :
Paris, le 7 décembre 1909
Monseigneur,
Loin de moi l’insolente pensée de prétendre que vous me « rendiez compte de l’exercice de votre charge épiscopale ».
Mais à nouveau, Votre Grandeur, dans la lettre qu’Elle à bien voulu m’adresser, m’accuse de propager des « conceptions religieuses » qu’Elle ne peut admettre» et de troubler « la pureté de la foi » dans son diocèse.
Comme je tiens par-dessus tout à conserver intégralement la foi et à rester soumis à la discipline catholique, je viens encore vous supplier, Monseigneur, de me faire savoir quelles sont, parmi les opinions que j’ai pu soutenir, celles qui sont en opposition avec la doctrine de l’Église. Aussitôt que je les connaîtrai, je n’aurai rien tant à coeur que de m’en éloigner de toute mon âme de les réprouver publiquement.
Votre Grandeur ne saurait vouloir me retirer le droit ou de lui montrer que je suis victime d’accusations injustifiées, ou de désavouer les erreurs dans lesquelles j’aurais pu involontairement m’engager.
Certes, je n’ai pas, moi très humble fidèle, l’impertinente prétention d’entrer en polémique religieuse avec un évêque. Je m’adresse à vous, Monseigneur, comme à un père et comme à un juge, je vous demande justice, et comme recommande l’Evangile, je ne veux pas craindre de vous importuner en frappant encore à votre porte.
Je prie Votre Grandeur de bien vouloir receivoir l’assurance de mon très filial et profond respect.
Marc Sangnier
Monseigneur l’évêque d’Annecy, qui répondit au président du Sillon en date du 9 décembre 1909, maintint sa résolution de ne pas recevoir Marc Sangnier.
SOURCE
Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14