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Lettre de Mgr l’Evêque de Beauvais, Noyon et Senlis à M. le Supérieur du Grand Séminaire de Beauvais
Portant défense de lire les écrits du Sillon et d’adhérer de quelque manière que ce soit au Sillon.
1910
Beauvais, le 12 février 1910
Monsieur le Supérieur,
Je suis informé que, depuis plusieurs mois, le Modernisme tend sous le couvert du Sillon, qui tel qu’il manifeste dans l’Oise est une de ses formes, à pénétrer dans mon Diocèese, qui en a été jusqu’ici préservé, comme j’ai eu la très grande joie de l’écrire au Saint-Père.
C’est surtout parmi quelques jeunes que le mal gagne ; et je le déplore. Ils ont dit, ils diront encore qu’ils ne sont pas compris. Mais ils trompent certainement, exemple leur doctrine sur l’obéissance toute extérieure dans le but unique de sauver les apparences ou d’échapper à des conséquences facheuses, ce qui est en soi une hypocrisie formelle. Ils se nourrissent de singulière illusions, croyant avoir découvert ce qui es écrit en toutes lettres dans l’Evangile, exemple le dévouement au prochain, l’amour du prochain quelqu’il soit, la charité envers tout homme à quelque classe qu’il appartienne.
Voulant les prévenir contre ce danger, désirant aussi remplir un devoir essentiel de ma charge qui est de veiller sur toute doctrine et pour me conformer aux directions pontificales les plus récentes, je vous prie et vous ordonne à vous et à chacun de MM. Les Directeurs du Séminaire :
1) D’exercer une surveillance de tous les instants : il est défendu aux Séminaristes de recevoir, garder, lire ou entendre lire un écrit sillonniste quelconque, de collaborer au Sillon, de rédiger un journal occulte sillonniste pour l’échanger entre soi, de tenir des cercles ou de faire des réunions à plusieurs dans le Séminaire ou au dehors, pendant la récreation, au cours des promenades ou à tout autre moment dans la journée, en vue de la propagande sillonniste, en un mot de poser un acte quelconque témoignant d’une attache réelle avec le Sillon.
2) De m’informer aussitôt de toute infraction à mon Ordonnance ce portant défense d’adhérer au Sillon, ou d’en produire les actes. Je n’hésiterai pas à prendre toute mesure opportune jusqu’à prononcer le renvoi avec retrait de la faculté d’entrer dans un autre Séminaire en France ou à l’étranger, conformément à la règle définie par le Décret Vetuit et éminemment sage, car nul ne peut être ministre de l’Église contre l’Église ou malgré l’Église, et le mouvement sillonniste actuel est subservif de l’autorité, dénégateur de la soumission intérieure, perturbateur de l’ordre sacré. Dans l’Église tout se fait au grand jour ; elle proscrit l’action occulte ; elle forme une seule société, celle des fidèles du Christ, qui est gouvernée par le Pape et les Evêques, auxquels chacun obéit d’un coeur filial.
Agréez, Monsieur le Supérieur, l’assurance ce mes plus religieux sentiments en NS.
+Jean Célestin, Evêque de Beauvais, Noyon et Senlis.
SOURCE
Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14
Marie-Jean-Célestin Douais
https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bdouais.html