1910 04 10: Mgr Nègre à Merry del Val: Idées fausses sur les relations entre laïques et l’autorité de l’Eglise

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Evêché de Tulle

10 avril 1910

Révérendissime Seigneur

Je prends la respectueuse liberté de soumettre au jugement du Saint-Siège le travail ci-joint, que je viens de faire, sur un opuscule de M. Marc Sangnier ayant pour titre « Le Sillon, Esprit et Méthodes ». On peut regarder à bon droit ce petit livre comme le manuel des Sillonnistes.

Cette ouvrage m’a paru contenir des idées fausses sur les relations, en matière d’enseignement moral et religieux, des laïques avec l’autorité doctrinale et juridique de l’Église. Si ces idées ne sont pas erronées explicitis verbis, elles sont cependant exprimés en formules très claires. Il y a des assertions perfides qui ne peuvent manquer d’être pernicieux pour des esprits peu versés dans les questions de pouvoir ecclésiastique.

Au lieu de faire une étude complète sur le Sillon, en parcourant ses écrits : livres, revues, journaux, il m’a semblé préférable et plus urgent d’examiner, dans ses propres ouvrages, la doctrine de celui qui est le fondateur et l’âme du Sillon.

La raison de cette préférence c’est que M. Marc Sangnier, les ?? Sillonnistes et les partisans du Sillon parmi lesquels il faut compter un certain nombre de prêtres et, je crois, un très petit nombre d’évêques, proclament le Sillon exempt de toute erreur philosophique et théologique. Ils disent hautement qu’aucune erreur n’a pu leur être imputée par ceux qui le condamnent. L’honneur des évêques français est un peu atteint par ces clameurs, non sans quelque détriment pour son prestige et son autorité.

Bien plus, la lettre épiscopale qui se publient en ce moment en faveur du Sillon, favorisent cette opinion qu’il a été réprouvé sans motifs graves et réels.

D’autant que certains de ces lettres cachent à peine l’audacieux reproche, à l’adresse de Son Eminence le Cardinal de Reims, de Mgr l’évêque de Quimper et peut-être de Rome, d’avoir discrédité ? Le Sillon sans relever contre lui aucune erreur doctrinale. On a, en quelque manière, jeté le défi : si le Sillon a des erreurs, qu’on les dér ???. Ce déf, si l’on n’y répondait, aboutirait, à des fâcheux résultats. Si, au contraire, la doctrine de Marc Sangnier, telle du moins qu’elle est consignée dans un de ses plus importants ouvrages, est jugée condamnable et est condamné avec l’ouvrage par le Souverain Pontife, du coup, tout le monde : Sillonnistes sincères, prêtres et évêques, devront reconnaître que les Prélats qui ont désapprouvé le Sillon avaient raison ; l’honneur de l’épiscopat français est sauvegardé ; les polémiques épiscopale – ce mot est trop fort – cessent. Il ne serait pas nécessaire d’en venir à une condamnation immédiate du Sillon tout entier, quoique ses relations avec les Protestants semblent devoir rendre cette condamnation inévitable.

Ce sont là des considérations purement personnelles, de peu de valeur par conséquent. Je n’ai pus les confier – sans aucune indiscrétion – qu’à Mgr l’évêque de Rodez, qui les a approuvées. C’est ce qui m’a encouragé à les écrire à Votre Eminence. Je sais d’ailleurs que Sa Sainteté aimera? que votre Eminence préfèrent la sincérité et la pardonnent du besoin.

Il ne m’a pas été possible d’analyser d’autres livres de Marc Sangnier, ni de mettre en ordre les renseignements que j’ai obtenu sur les accointances du Sillon avec les protestants. Ce dernier travail, je l’espère sera terminé vers la fin de ce mois ou dans la quinzaine de Mai.

Daignez…

+Albert, évêque de Tulle

SOURCE

Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14

https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bnegre.html