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Draft
A Sa Grandeur Monseigneur Charles Gibier, Evêque de Versailles
2 février 1910
Cher et vénéré Seigneur,
J’ai reçu la lettre que Votre Grandeur m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 27 Janvier et j’en ai donné lecture à Sa Sainteté. Le Saint Père regrette que vous n’envisagiez pas le « Sillon » dans son ensemble et dans ses chefs comme Il envisage Lui-même et que les dangers de sa doctrine, se son langage de ses tendances et des acquaintances, paraissent vous échapper. C’est l’évidence même, et il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour le contester, le Saint Siège n’a jamais fait le moindre grief aux jeunes gens du Sillon de se dire Républicains, tout le contraire : et si l’évidence avait besoin d’une preuve, il suffirait de rappeler qu’au temps où le Sillon méritait encore la bienveillance du Saint Père, les Sillonnistes se proclamaient républicains qu’ils le font aujourd’hui. Pour le moment Sa Sainteté a invité et invite les Evêques à ne pas permettre au clergé d’entrer dans le Sillon. On ne conteste ni la bonté ni le vertu de beaucoup de Sillonnistes, pris individuellement, comme on ne conteste pas non plus les services ou les mérite de certains Sillons locaux. C’est peut-être l’explication de la divergence de certaines appréciations. Il serait déplorable que les Evêques qui partagent votre manière de voir à l’égard du Sillon s’abstiennent de manifester leur opinion « tout haut », car, comme l’indique Votre Grandeur, on ne ferait qu’ajouter une nouvelle division aux divisions anciennes et cela d’autant plus que le Saint Siège loin de pouvoir prendre part pour le Sillon, se trouverait dans la nécessité de manifester ses désapprobations.
Soyez bien convaincu, cher et vénéré Seigneur, que le Saint Père suit avec le plus vif intérêt et avec le plus paternelle affection les efforts généreux de votre zèle, vos angoisses et vos sacrifices, et que le bien que vous faites par votre apostolat dans ces temps difficiles est pour Lui un motif de très grande consolation. Dans ces mêmes sentiments je vous prie d’agréer, cher et vénéré Seigneur, l’hommage de ma très grande vénération et mon entier dévouement.
SOURCE
Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14