1907 07 06: Delassus to Vatican:

Lille, 5 juillet 1907

Je vous ai écrit hier; me voici aujourd’hui encore. J’ai au séminaire académique un cousin qui revient ce matin de Nancy ou il est allé conquérir sa licence-ès-lettres. Ils étaient douze candidats, il est des trois qui ont été reçus.

Je n’aime point amener la conversation sur ce qui se passe au séminaire. Cependant, en dinant, je lui ai demandé si les bons séminaristes savaient que d’autres recevaient l’Eveil Démocratique et Demain. Il m’a dit que c’était public. Il ajouta que Mr. le Supérieur l’avait appelé ces semaines dernières pour lui faire défense de passer à d’autres son exemplaire de la Semaine Religieuse. Je crois vous avoir dit qu’à raison de sa parenté, il avait été autorisé à la recevoir, mais que d’autres, qui en avaient demandé la permission se l’étaient vu refuser. Ce sont ceux à qui cette défense avait été faite qui avaient sollicité mon cousin de communiquer la Semaine Religieuse.

M. le Supérieur n’a point dû faire cela de lui-même. C’est Delépine qui est le vrai supérieur ou directeur de la maison, le lui aura suggéré. M. Delépine est un prêtre de valeur, mais un progressiste passionné à froid. il ne veut point qu’il y ait dans le séminaire la contre-partie des doctrines qui lui sont chères. Mon cousin m’a dit aussi que plusieurs de ses condisciples s’étaient procuré Fogazzaro et même Leroy. Un des plus avancés, qui va être sous-diacre dimanche, a dit à ses camarades qu’il était heureux que son tour vint cette année parce que si jamais il y avait l’an prochain un changement de direction, il ne serait peut-être pas appelé. – Je ne puis rien dire au supérieur qui est un saint-homme, car il est dominé par M. Delépine; et puis ils se persuaderaient que je tiens de mon cousin ce que je tiens surtout de plusieurs professeurs.

C’est également des professeurs que je tiens ce que je vais ajouter: Le supérieur a eu sa fète récemment. Un élève a récité une pièce de vers intitulée: “revue de l’année.” Il y a eu une stance à l’adresse de M. Lecigne, professeur à l’Institut catholique, qui est la bète noire des novateurs parcequ’il est anti-démocrate.

M. Lecigne a écrit au supérieur pour se plaindre. Le supérieur a répondu qu’il s’étonnait de voir un professeur accueillir auprès de lui des mouchards. M. Lecigne a écrit à un vicaire général qui lui a répondu que l’affaire n’avait pas d’importance.

Je ne dis rien à Cambrai des choses que je vous écris, ce serait peine perdue. Mgr. de Lydda en souffrirait sans pouvoir y porter remède. Les autres n’y porteraient aucun intéret.

Voilà des semaines que je ne reçois plus de communications de Cambrai; pas même les annonces des nominations; Les Lemiristes le font remarquer comme un signe.

Henri Delassus

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

1110-1114-615