Correspondance secrètes entre séminaristes
Décembre 1907
Janvier 1908
A l’institut catholique de Toulouse.
Quarante numéros de l’Eveil démocratique (organe du Sillon) déposés chaque dimanche sur une table de l’Institut… (sic) chacun dépose son sou et prend son journal… (sic) Pas d’esprit de coterie.. sillonnistes et membres de la jeunesse catholique discutent fraternellement.
Sauf la lecture de l’Eveil, même état d’esprit au grand séminaire, le Supérieur laisse pleine liberté pour le Sillon.
Un séminariste du midi écrit, après une excursion en Bretagne, qu’il est enchanté des petits abbés là-bas : « Ils sont tous, tous démocrates, n’en déplaise à Mgr François Virgile » (Mgr Dubillard)
Le même séminariste écrit : « Les Evêques, en général, n’aiment pas qu’on affiche leurs sentiments là-dessus par prudence. Tel celui de Bayeux. Dans l’Eveil, il y a quinze jours, (décembre 1907) on racontait une conférence où un abbé avait protesté à la tribune contre quelques réactionnaires ; appelé à l’évêché, (c’est lui-même qui l’a écrit à un séminaire), l’Evêque lui dit qu’il savait que beaucoup de séminaristes étaient sillonnistes, qu’il s’en félicitait parce que leur valeur en augmentait ; que lui-même était silloniste, mais qu’il se taisait par opportunité » (textuel)
C’est encore le nouvel évêque de Troyes, écrit le même séminariste, qui était curé de St Claude et qui embrassait les sillonnistes de St Claude en leur disant : « mes chers petits sillonnistes, je vous ai bien aimés, mes chers petits sillonnistes, vous avez fait beaucoup de bien à St Claude, » regrettant de ne les avoir où il allait.
C’est enfin le cardinal Lecet qui disait au chanoine Ardant de Limoges qui lui parlait défavorablement du Sillon et citait des condamnations épiscopales : « Ah ! Parles-en de ces évêques, il suffit qu’un ait crié contre le Sillon, pour que tous suivent comme des moutons. »
Après la démission forcée de Mgr Battifol….
« Dans le grand séminaire de Bordeaux, on n’a pas peur de la vérité. Vous avez entendu le professeur de philosophie dire par hasard quelques mots sur Lamennais, ce génie que l’orgueil et, bien d’avantage la conduite de ceux qui se disaient ses amis, leur dureté, avaient conduit au fond de l’abême. C’est l’histoire, je crois cela et au lieu d’anathématiser ces grands génies, il vaudrait mieux les plaindre et les aider à se relever.
Pas mal de gens verraient là du modernisme, mais on est toujours le moderniste de quelqu’un, c’est entendu.
Que ce tempérament de chercheur d’hérésies est détestable ! »
A cette lettre, un séminariste d’un autre diocèse répond :
« Lamennais avait raison dans ses idées telles qu’il les a exprimées dans l’Avenir. Il voyait le salut du christianisme dans la suppression du Concordat et dans l’oeuvre démocratique de l’Église. Mais il est venu trop tôt, on n’a pas su le comprendre, il aurait certainement sauvé la religion si l’on avait suivi ses premières idées.
Lamennais n’a pas pu dompter son tempérament de Breton, ni se résoudre à croire qu’il avait tort quand il avait raison. »
« Ces idées là, le pauvre séminariste les a tirées de la lecture de la vie de Montalembert par Lecanuet.)
Autre lettre d’un élève écclésiastique de l’Institut catholique de Toulouse :
(A propos d’un projet de Ligue interdiocésaine, d’inspiration silloniste dont ferait partie séminaristes et jeunes prêtres et d’un Bulletin interdiocésain, sans étiquette silloniste, mais inspiré du Sillon.)
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Autre lettre adressée à l’auteur de la précédente :
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Il faut susciter plutôt que faire des œuvres ; il ne faut pas lancer à l’aventure ce mot de Sillon là où il n’est pas connu… et convient-il de le nommer, même en l’expliquant, là où on l’ignore ? Ne croyez-vous pas que, sans les mots de « République, démocratie, » le prêtre peut parfaitement les pénétrer de l’esprit démocratique et que cet esprit là n’est, en définitive, vu les circonstances et notre époque, qu’un aspect du véritable esprit chrétien de tout bon citoyen français ? N’est-ce pas même là le rôle du prêtre : faire comprendre et vivre le vrai, le seul christianisme aux contemporains, pour qu’ils aient le sens parfait de leur époque ? »
Réponse :
« Et d’abord, songez très sérieusement au Bulletin de vacances ; à l’Institut, les partisans en deviennent chaque jour plus nombreux et pour régler les choses prudemment il est nécessaire d’avoir du temps.
« Vous savez aussi, sans doute, que l’épiscopat semble devenir moins révêche à l’égard du Sillon. L’abbé Beaupin m’écrit en me disant que Marc Sangnier a été reçu par Mgr Amette d’une façon charmant et ceci est un bon signe.
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« Nous avons eu, à l’Institut une longue causerie avec les chefs de l’Association Catholique de Jeunesse Française. Il me semble de plus en plus que cette association accentue son caractère social et démocratique et elle paraît vouloir vraiment devenir un instrument admirable et essentiel pour notre ministère.
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A rapprocher de cette lettre, celle d’un nouveau vicaire qui s’exprime ainsi :
« Le groupe de la Jeunesse Catholique comprend vingt membres environ. Ce sont de très bons jeunes gens, mais ils ne sont pas zélés. Je profiterai de leur visite pour glisser la bonne doctrine. »
Les Ligues, Bulletins, dont il est question dans ces lettres sent des ligues et bulletins secrets dont l’autorité écclésiastique ne connaît pas l’existence. Ils se publient probablement en fascicules séparés comme le « Petit Glaneur » qui circulait parme les séminaristes sillonistes en vacances, dans la région du Sud-Ouest de la France.
Diocèse de Paris
Le programme pour les examens des jeunes prêtres du diocèse de Paris a été profondément remanié depuis son approbation par le cardinal Guibert.
Ce programme
Il fait mention des « reproches adressés à l’apologétique traditionnelle » et nullement de ceux que l’on doit adresser à celle de M. Blondel.
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L’abbé Naudet va reprendre son cours au collège libre des sciences sociales à Paris, rue Serpente. Ce cours est annoncé dans les journaux et dans le Bulletin de la Semaine.
Le même abbé Naudet va prêcher l’Avent à la paroisse St Médart à Paris.
SOURCE
Apostolic Archives, 1910 Rubric 12 F.14
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